Reprendre une pharmacie permet à un pharmacien de s’installer en profitant d’une activité existante, avec sa patientèle, son emplacement et ses ressources déjà opérationnelles. Cette option, souvent plus rassurante qu’une création, représente néanmoins un engagement financier important. Pour accompagner ce type de projet, plusieurs aides financières et dispositifs d’accompagnement sont proposés par les banques, les organismes professionnels et les structures publiques. Dans cet article, nous faisons le point sur les principaux soutiens disponibles pour mener à bien une reprise d’officine.
Sommaire
Les dispositifs bancaires et les structures spécialisées pour financer la reprise d’officine
Comme pour la création, la reprise d’une pharmacie repose presque systématiquement sur un financement bancaire. Ce type de projet, bien que moins risqué qu’une création en raison de la présence d’une activité existante, nécessite toutefois un investissement conséquent. Le prix de cession peut intégrer des éléments tels que le fonds de commerce, le stock, le droit au bail et parfois les murs de l’officine. Par conséquent, il est indispensable d’élaborer un plan de financement solide, associant différents leviers pour réduire le reste à charge, sécuriser l’opération et renforcer la viabilité du projet. Au-delà du financement bancaire traditionnel, de nombreux outils spécifiques à la profession pharmaceutique existent. Ils permettent de bénéficier de soutiens adaptés aux réalités économiques du secteur, tout en rassurant les partenaires financiers grâce à un montage plus équilibré et crédible.
Le prêt bancaire classique pour reprendre une pharmacie
L’emprunt bancaire constitue la solution de financement principale pour une reprise de pharmacie et nécessite de bien préparer la négociation. Les établissements bancaires, notamment ceux spécialisés dans le secteur médical et pharmaceutique, proposent des offres sur mesure qui tiennent compte des spécificités de l’officine, de sa rentabilité, de son potentiel de développement et du profil du pharmacien repreneur. Les durées de remboursement varient généralement de 12 à 15 ans, mais peuvent être modulées en fonction du projet. Pour convaincre son banquier, le pharmacien devra présenter un dossier complet comprenant :
- un business plan détaillé et réaliste, avec un prévisionnel chiffré sur 3 à 5 ans ;
- un audit de l’officine visée : chiffres d’affaires, résultats, structure de la clientèle, environnement concurrentiel ;
- des garanties solides (caution personnelle, hypothèque, nantissement de parts) ;
- un apport personnel d’au moins 20 à 30 % du montant total du projet.
Selon les situations, il est possible de négocier certaines conditions favorables : Différé de remboursement du capital pour laisser le temps à l’officine de générer une trésorerie stable, modulation des échéances en cas de saisonnalité de l’activité, ou encore un taux d’intérêt fixe pour sécuriser le budget à long terme. Le crédit in fine, bien que moins courant, peut également être envisagé. Dans ce montage, l’emprunteur rembourse uniquement les intérêts pendant toute la durée du prêt et verse le capital en une seule fois à l’échéance. Ce type de crédit nécessite généralement une capacité d’épargne parallèle ou un mécanisme de placement sécurisé pour garantir le remboursement final du capital.
Les aides SOCOREC, OCP et les autres acteurs de la profession
Dans le secteur pharmaceutique, plusieurs structures d’accompagnement proposent des solutions de financement ou de soutien opérationnel spécifiquement pensées pour les reprises. Ces dispositifs permettent souvent de compléter l’apport personnel, d’optimiser le plan de financement et de renforcer l’accompagnement du pharmacien dans les premières années suivant la reprise.
| Organisme | Type d’aide | Avantages |
|---|---|---|
| SOCOREC | Prêts participatifs, prêts à moyen/long terme, garanties de financement | Montages financiers souples, appui stratégique, sécurisation du projet de reprise |
| OCP | Solutions d’accompagnement à l’installation | Logistique, conseil, outils numériques, services financiers et formation pour les repreneurs |
| Leadersanté | Appui au développement via un réseau de pharmacies indépendantes | Coaching, agencement, communication, suivi des performances et soutien au quotidien |
Ces partenaires peuvent jouer un rôle déterminant, notamment en apportant un soutien non financier sous forme de conseils stratégiques, de services mutualisés ou d’outils pour optimiser la gestion et la performance de l’officine reprise.
La CAVP : Un soutien essentiel à l’apport personnel du pharmacien
La Caisse d’Assurance Vieillesse des Pharmaciens (CAVP) a mis en place un dispositif spécifiquement conçu pour faciliter l’installation des pharmaciens, en particulier dans le cadre d’une reprise. Il s’agit d’un « booster d’apport », destiné à compléter l’apport personnel exigé par les banques et à améliorer la structure du financement global :
- Montant du financement : entre 100 000 € et 500 000 € ;
- Peut représenter jusqu’à 75 % du coût total du projet ou trois fois l’apport personnel ;
- Durée de remboursement : 15 ans, avec franchise en capital sur les 12 premières années ;
- Taux d’intérêt fixe : 2,95 % ;
- Sans frais de dossier, sans garanties personnelles exigées ;
- Réservé aux structures d’exercice en société : SEL, SELAS, SPFLPL.
Ce prêt longue durée permet d’alléger la pression financière au démarrage et de renforcer la capacité d’investissement du pharmacien dans son projet. Il est particulièrement pertinent pour les jeunes professionnels ou ceux qui disposent d’un apport personnel limité mais d’un dossier solide. En cumulant l’aide de la CAVP avec un financement bancaire classique et un accompagnement spécialisé, il est possible de bâtir un montage équilibré et de maximiser ses chances de succès dans la reprise d’une officine.

Les aides de l’État pour la reprise d’officines et les incitations sectorielles
Au-delà des financements bancaires et des soutiens proposés par les structures professionnelles, l’État joue un rôle non négligeable dans l’accompagnement des pharmaciens souhaitant reprendre une officine. Dans le cadre de sa politique de santé publique, le gouvernement met en place des aides ciblées pour renforcer l’attractivité du métier, favoriser la couverture territoriale en services de santé et encourager la modernisation des officines.
Ces aides prennent souvent la forme d’incitations financières, attribuées en contrepartie d’engagements liés à la transformation numérique, à la coordination des soins ou à la participation à des dispositifs de santé publique. Elles constituent un soutien complémentaire important au moment de la reprise, notamment pour couvrir certains investissements ou générer des revenus additionnels dès les premiers mois d’activité.
Les dispositifs du Ségur et la rémunération numérique
Le Ségur de la santé, lancé en 2020, a marqué une nouvelle étape dans l’évolution du système de santé français. Il vise notamment à accélérer la transformation numérique dans les établissements de santé et les officines. Dans ce cadre, le programme REMU NUM (rémunération pour l’usage du numérique) permet aux pharmaciens de percevoir des aides financières en contrepartie de l’intégration d’outils numériques dans leur pratique quotidienne. Ces aides concernent autant les nouveaux installés que les repreneurs, à condition que l’officine s’engage à respecter un ensemble d’indicateurs liés à l’utilisation de solutions numériques :
| Action numérique | Montant |
|---|---|
| Participation à une communauté de soins (CPTS, ESP) | 820 € / an |
| Utilisation de l’ordonnance numérique (35 % des délivrances) | 250 € |
| Transmission des pièces justificatives via SCOR à 99 % | 100 € |
| Échanges via messagerie sécurisée MSSanté (au moins 5 %) | 240 € |
| Feuilles de soins électroniques (FSE ≥ 95 %) | 0,07 € par FSE |
| Utilisation du Dossier Médical Partagé (90 % des cas) | 100 € |
Ces incitations financières, bien que modestes individuellement, permettent d’amortir certains coûts liés à l’évolution technologique de l’officine. Elles offrent également un levier intéressant pour moderniser la gestion de la pharmacie et faciliter son intégration dans le parcours de soins du territoire.
Les autres aides forfaitaires ou incitatives
En complément du numérique, d’autres aides ponctuelles ou forfaitaires peuvent être mobilisées par les pharmaciens repreneurs. Elles sont le plus souvent versées dans le cadre d’objectifs de santé publique ou de services rendus aux patients. Voici les principales aides activables lors de la reprise :
- Forfait équipement : Une aide de 1 225 € destinée à soutenir l’achat de matériel ou l’agencement de l’officine, notamment pour les nouvelles installations ou les mises aux normes après reprise ;
- Forfaits pour la téléconsultation : Jusqu’à 750 € pour les officines mettant en place un espace dédié aux téléconsultations, permettant d’améliorer l’accès aux soins, notamment en zone rurale ;
- Rémunération pour les bilans de médication partagés : Versée lorsque le pharmacien réalise un travail coordonné avec les médecins autour des traitements des patients âgés ou chroniques ;
- Entretiens pharmaceutiques : Rémunérés à l’acte, ces entretiens concernent notamment les traitements anticoagulants ou l’asthme, et permettent de générer un complément de revenu tout en valorisant le rôle de conseil du pharmacien ;
- TROD (tests rapides d’orientation diagnostique) : Les tests antigéniques ou d’autres TROD (angine, grippe, VIH…) peuvent être remboursés selon les campagnes de santé en cours, avec une rémunération directe pour chaque test effectué.
Ces aides représentent une opportunité pour le pharmacien repreneur d’amortir certaines charges dès la première année, tout en développant une activité orientée vers la prévention et le suivi des patients. Elles favorisent également l’adaptation de l’officine aux nouvelles attentes en matière de services de proximité, de dépistage et d’accompagnement thérapeutique.

Les leviers alternatifs et soutiens complémentaires à l’achat d’une pharmacie
Lorsque les solutions de financement traditionnelles, comme le prêt bancaire ou les dispositifs institutionnels, ne suffisent pas à couvrir l’ensemble des besoins pour la reprise d’une officine, d’autres leviers peuvent être activés. Ces alternatives, souvent méconnues ou peu exploitées, permettent pourtant de sécuriser un projet de reprise, de compléter un apport personnel ou de faire face à des aléas financiers. Elles sont à considérer dès l’élaboration du plan de financement, en particulier dans les projets portés par de jeunes pharmaciens ou dans des contextes spécifiques (reprise familiale, zones rurales, sinistres, etc.).
Les donations familiales
Les donations effectuées dans le cadre familial sont un levier non négligeable pour compléter un apport personnel, en particulier lors d’une reprise d’officine transmise entre générations. En vertu de l’article 790 G du Code général des impôts, chaque parent peut donner à chacun de ses enfants jusqu’à 100 000 € tous les 15 ans sans droits de donation. À cette exonération s’ajoute un abattement de 31 865 € sur les dons de sommes d’argent (article 790 G modifié), ce qui porte le plafond total non taxable à 131 865 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans. La donation-partage est un outil juridique recommandé lorsqu’il s’agit de transmettre tout ou partie d’une officine dans un cadre familial. Elle permet de répartir de manière anticipée le patrimoine entre les héritiers, en évitant les conflits et les revalorisations postérieures. Ce mécanisme peut s’inscrire dans un projet de transmission progressive de la pharmacie, par exemple en association entre le parent pharmacien cédant et l’enfant repreneur.
Le soutien d’un groupement de pharmacies
Intégrer un groupement de pharmacies au moment de la reprise est une stratégie de plus en plus utilisée, notamment pour sécuriser les débuts d’activité. Ces structures (comme Leadersanté, Pharmavie, Pharmodel ou RésoPharm) offrent un accompagnement global qui dépasse la simple négociation de prix avec les fournisseurs. Les groupements proposent généralement :
- L’accès à une centrale d’achats avec des conditions tarifaires préférentielles ;
- Des outils marketing clés en main (PLV, campagnes saisonnières, flyers personnalisés) ;
- Un accompagnement en gestion (tableaux de bord, pilotage économique, audit) ;
- Des formations pour les équipes officinales ;
- Parfois un appui financier ou logistique lors de la reprise (études de faisabilité, plan de communication d’ouverture, etc.).
Rejoindre un groupement au moment de la reprise permet de rompre l’isolement du pharmacien nouvellement installé, d’accélérer la montée en performance de l’officine et de bénéficier de retours d’expérience utiles pour affiner sa stratégie commerciale et son positionnement.
La commission d’entraide de l’Ordre national des pharmaciens
Peu connue, la commission d’entraide du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens a pour mission de soutenir les pharmaciens en difficulté ou confrontés à des situations exceptionnelles. Cette instance peut intervenir lors de la reprise si le pharmacien fait face à un imprévu financier, une situation médicale grave ou un événement indépendant de sa volonté (sinistre, accident, etc.). Elle peut accorder :
- Des aides financières directes pour répondre à une urgence ;
- Des prêts sans intérêt pour soulager la trésorerie ;
- Des aides au redémarrage en cas d’interruption temporaire d’activité.
Le pharmacien concerné peut adresser une demande via le Conseil régional ou départemental dont il dépend. Chaque situation est étudiée au cas par cas, et la discrétion est assurée. Cette aide ponctuelle peut faire la différence dans des moments critiques, en particulier pour un repreneur exposé à des risques importants au lancement de son activité.
